samedi, mai 04, 2013

Une journée ratée ...

Je dois avoir 14 ou 15 ans lorsque Jacky Trebern qui est mon prof d’EPS me propose de participer aux entraînements d’athlétisme du lycée et de ceux de l’ULAC, club laïque qui vient d’être créé à la suite d’une scission au sein du CAB, club qui a pour sa part une certaine coloration confessionnelle. L’athlétisme, pourquoi pas ? J’ai toujours aimé les différentes disciplines qui constituent ce sport, disciplines que nous pratiquons avec vaillance depuis la sixième pendant les cours d’EPS (un des profs de sports du lycée, Pierre Pustoch a d’ailleurs été finaliste du 100 mètres aux Jeux Olympiques de Budapest en 1956). Mes parents auraient espéré que je mette la même exaltation aux cours de maths, de sciences nat et consort mais que voulez-vous, moi le sport c’était plus mon truc que le théorème de Pythagore ou l’anatomie interne des grenouilles… Déjà à l’école primaire de Saint-Gué, les instits, Pierre Signor en tête, avaient coutume de nous entraîner aux courses d’endurance autour du large périmètre constitué par l’école des garçons, l’école des filles et l’école maternelle. Dans notre classe les meilleurs à cette épreuve étaient incontestablement Jacky Le Brun et Jean-Claude Maréchal. Leur talent est tel, qu’avant même le départ donné par un puissant coup de sifflet à roulette, ils sont certains l’un et l’autre de terminer en tête. On y met pourtant du cœur et des jambes pour tenter de les suivre, la stratégie étant de partir à fond derrière eux et de finir comme on peut en tirant la langue jusqu’aux genoux. Peine perdue, rien n’y fait les deux copains sont imbattables à ce jeu … En franchissant la ligne d’arrivée devant le portail de l’école on se vautre d’épuisement, littéralement poezh yod sur le trottoir. Heureusement que pour nous requinquer, le maître nous distribue ensuite dans la classe les deux boudoirs, gaufrettes ou petits-beurre accompagnés du verre de lait réglementaire du goûter de l’école. Petite collation sympathique très appréciée qui n’empêchera évidemment pas le gros tamm bara-man ou bara-Konfitar en rentrant à la maison… Certains samedis après-midi ensoleillés du printemps nous allions même parfois au stade de Penmarc’h en suivant l’ancienne ligne de chemin de fer du train birinic. Au stade, le seul programme est la course à pied, pas de saut, pas de lancer, de la course et rien d’autre, mais on est ravi de pouvoir s’éclater sur la piste en terre battue ou la pelouse du terrain de foot plutôt que de travailler en classe comme c’est la règle tous les samedis ordinaires de l’année scolaire. D’ailleurs, indice prémonitoire, les jours où les cinq classes de l’école des garçons se rendent au stade, Pierre Signor, le maître du CM2 à qui incombe aussi les fameuses séances de landit, porte des chaussures en cuir et non pas ses habituelles botoù koad. Dès qu’il sort de son appartement de fonction qui s’ouvre sur la cour, la rumeur se répand comme une traînée de poudre « Monsieur Signor a mis ses chaussures, Monsieur Signor a mis ses chaussures ». La joie collective nous fait frémir et tant pis s’il va falloir marcher pendant deux kilomètres jusqu’au bourg de Penmarc’h sur les anciennes traverses de chemin de fer qui ne s’adaptent jamais à nos pas. Même si c’est pour marcher a dreuz entre les rails on ne va pas se plaindre, car c’est toujours plus rigolo d’aller galoper sous le soleil que de faire du calcul ou des dictées en classe… Une seule fois la promesse du stade ne fut pas tenue en dépit des botoù lêr que l’instituteur porte pourtant à ses pieds en début de ce fichu samedi après-midi. Nous sommes encore en récréation lorsqu’une commerçante du quartier de la Joie qui tient une petite épicerie à 200 mètres de l’école, vint se plaindre de vandales qui avaient cassé des œufs dans le poulailler de son jardin. Selon elle ça ne pouvait être que des garçons de l’école primaire. Toutes les classes, du CP au certificat d’étude, furent donc réunies sous le préau. Le ou les coupables furent sommés de se dénoncer devant l’épicière qui, face à nous, les bras croisés sur sa blouse à carreaux, attendait justice. Faute de quoi nous n’irions pas au stade. La menace n’était pas à prendre à la légère, les instituteurs savaient combien nous appréciions cette exceptionnelle récréation du samedi. Nul ne se dénonça, nul ne fut dénoncé. Evidemment ! En rang par deux, plein de rancœur, nous regagnâmes nos classes respectives sous un ironique soleil radieux. J’en eus les larmes aux yeux en m’asseyant à mon pupitre tant la déception fut de taille. Quelques jours plus tard nous apprîmes que les « lavagnan » qui avaient cassé les œufs étaient les propres fils de l’épicière. Ha là là ! Cela ne fit que renforcer notre sentiment d’injustice car ce n’est pas pour autant que l’on se rendît au stade le samedi suivant. Plus de 50 ans plus tard, je n’ai toujours pas tout à fait digéré l’aveuglement de l’épicière ! C’est dire si nous aimions courir !…

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