lundi, octobre 15, 2007

une enfance à Saint-Gué: les scoubidous

Lorsque qu’arrivait la mode annuelle des scoubidous, je me précipitais chez Baptiste Camus, mon parrain, électricien de son état, dont l’atelier dans la rue Pierre Sémard regorgeait de trésors. Par la vertu de notre parentèle privilégiée, il m’offrait de longs morceaux de fil de cuivre gainé de plastique rouge vif, bleu azur, vert bouteille ou jaune canari, de quoi ravir mon goût immodéré pour les couleurs criardes. Un peu de blanc aussi mais surtout pas de noir funèbre ! Avant d’utiliser la précieuse denrée, il fallait passer d’interminables heures à travailler le fil, à le tordre, à le malaxer, à pousser d’un côté, à tirer de l’autre pour extraire laborieusement le cuivre et ne conserver que la gaine souple, matière première indispensable à l’ouvrage envisagé. Une fois obtenus les deux ou trois longs morceaux de couleurs différentes, on les nouait ensemble par leur moitié en ayant soin d’y laisser une boucle avant d’entreprendre le tressage. On s’initiait d’abord aux scoubidous parallélépipédiques avant de se laisser tenter par les cylindriques qui permettaient ensuite la composition de scoubidous mixtes, ronds et carrés alternés. Plus tard, fin du fin, certains s’attaqueraient aux torsadés dont la technique, balbutiements de la protection des savoir-faire artisanaux, n’était enseignée qu’aux seuls initiés. Comme nul ne l’ignore, le savoir étant source de pouvoir, les filles qui étaient bien plus avancées que nous en ce domaine se gardaient bien de divulguer au commun des garçons le savant tressage dont elles étaient détentrices du secret… Dans les mains des inventifs, il se produisit aussi de savantes ancres de marine en scoubidous couleur locale renforcées d’un fil de fer pour en incurver le bras, et même des crucifix multicolores qui sortirent d’entre les doigts de patients artisans mystiques, condisciples involontaires en art sacré de Bach et Michel-Ange. Une fois terminés, l’art pour l’art n’ayant pas encore pénétré notre esprit pratique, il fallait bien trouver une quelconque utilité à ces bidules. C’est pourquoi chacun des garçons était fier de les exhiber en pendouillette à son cartable ou à sa ceinture tandis que les filles en faisaient d’élégants pendentifs dont elles s’ornaient le cou. L’idée que l’on se fait de l’élégance allant parfois se nicher on ne sait où, certaines demoiselles eurent, dit-on, la tentation d’en faire d’originales boucles d’oreilles façon termaji… Quarante ans plus tard la mode court toujours chez les enfants. A part en faire la collection ou en décorer les porte-clefs familiaux on ne sait toujours pas vraiment à quoi ça sert, mais commerce oblige, il n’est plus question de décortiquer laborieusement son propre fil, on trouve dans les boutiques spécialisées ou dans les grandes surfaces, non seulement de fins et longs macaronis mous de plastique translucide de toutes les couleurs mais aussi des documents techniques qui dévoilent tous les secrets de cet objet chargé des étranges mystères de la création artistique enfantine…

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