lundi, novembre 13, 2006

En CM1 à l'école de Saint-Guénolé

En CM1, nous nous trouvions sous l’aimable autorité de Monsieur Pochic le bien nommé (« gentil garçon » en Breton). Vers le milieu de l’année scolaire, un herpétologiste fut invité à présenter sa collection de reptiles aux garçons du CM1 et du CM2. Les deux niveaux, soit près de 70 compères assis deux par deux à chaque pupitre, furent regroupés dans notre propre classe. Sur le bureau du maître, l’herpétologiste posa une grande caisse en bois divisée en casiers dans lesquels attendaient les « bêtes du diable ». Les unes après les autres le bonhomme les sortait de leur boîte et nous les présentait dans ses mains en faisant le tour des travées. Les beaux lézards verts, nous les connaissions bien pour les chasser tout l’été avec nos lance-pierres ou nos arcs. Proies anodines, les petits lézards gris n’éveillèrent pas grand intérêt. Pas plus que les tortues exotiques qui dans leur indolence coutumière ne firent pas vraiment sensation bien que la trouvaille de la carapace pour se protéger des coups nous semblât une idée mirifique, habitués que nous étions à prendre des taloches pour nous aider à marcher dans le droit chemin. Par contre, quelle grosse frayeur lorsque l’autre andouille approcha de mon visage, en rigolant bêtement, l’inoffensive couleuvre à collier qui ondulait dans ses mains! Hec’h ! Heureusement qu’il s’abstint d’une telle plaisanterie avec le clou du spectacle, une horrifiante vipère, une vraie de vraie, qu’il promena prudemment entre nous en la tenant, comme je crus le comprendre, par une épingle plantée dans la mâchoire supérieure de la bête afin qu’elle ne pût s’échapper ou le mordre. Je m’écartais vivement vers la fenêtre pour n’être pas frôlé par le fâcheux animal que mordicus l’on prétendait étranger à notre contrée alors qu’en réalité il abondait dans la lande. Comme si de croire en son absence suffisait à en abstraire le danger…

Dans les années soixante, les enfants recevaient encore un goûter à l’école. Quinze ans après la fin de la guerre, le savoureux verre de lait et les deux biscuits quotidiens entraient dans le programme d’aide sociale censé lutter contre les risques de carences alimentaires chez les écoliers de France et de Navarre. Ce goûter servi par les instituteurs clôturait joliment les longs après-midi d’école. L’heure venue, le maître sortait cérémonieusement la boîte de biscuits de son placard. Silence dans la classe, les élèves, bras croisés, langue pendante, regard avide, guettent l’instant où est ouverte la grande boîte en fer blanc. Petits-beurres croustillants, boudoirs moelleux ou gaufrettes craquantes imprimées de maximes, leur parfum vanillé se répand aussitôt dans toute la pièce. L’eau nous monte à la bouche. La boîte en fer sous le bras, le maître passe entre les pupitres de bois pour offrir à chacun sa part de biscuits avant de servir le fameux verre de lait cru que l’on engloutit sans façon. La distribution terminée, on grignote minutieusement les gâteaux en commençant par les coins pour étirer le plaisir jusqu’à la dernière miette. Ce sympathique petit goûter ne nous empêchait nullement de nous enfourner deux grosses tartines de pain beurre-chocolat ou de pain confiture en rentrant à la maison. Si carence alimentaire il y avait ailleurs, moi je n’ai pas une seule fois souffert de la faim dans mon enfance même si le poisson revenait trop souvent à mon goût au menu.

Le CM1 de Monsieur Pochic. Année scolaire 1958/1959

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