jeudi, avril 06, 2006




















Mon arrière grand-père Youen Pab (Yvon Le Pape)

Dans un pen-ti du quartier de la Tout-Carrée à Saint-Guénolé vivait Yvon Le Pape, mon arrière-grand-père. C’était un beau vieil homme droit au visage buriné éclairé d’un regard transparent. Toujours vêtu de sa marinière bleu-délavé et coiffé comme tous les bigoudens de la mer d’une casquette de pêcheur, il s’éteignit alors que j’avais huit ans. Lors de son enterrement les drapeaux entourèrent le cercueil de cet ancien soldat de la guerre 14-18. A son retour de cette boucherie, il racontait qu’un jour il avait tenu au bout de son fusil un soldat allemand tel une cible vivante immobile. Il n’avait pas tiré à la pensée que cet homme, à la merci de son droit de tuer, avait sans doute une famille qu’un geste fatal plongerait dans la douleur. Soulignant que dans leur commune infortune il avait perçu cet ennemi comme un frère de misère qui tout comme lui servait sans le savoir, sans le vouloir, sans en avoir le choix, non pas seulement sa patrie mais les aussi les grosses industries d’armement d’un côté ou de l’autre du Rhin. Fallait-il qu’en ces temps de malheurs partagés et de haine commune il eût une indéfectible capacité à la commisération et à la fraternité.

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